Continuons de flirter courageusement

La tribune d'Abnousse Shalmani publiée hier dans le monde, et signée, entre autres(*), par Catherine Deneuve, a provoqué d'incroyables réactions, d'une violence inouïe. Le titre, "nous défendons la liberté d'importuner" est certes provocateur, mais à l'évidence, beaucoup, et pas seulement des féministes sans nuance, se sont arrêtés au titre, sans prendre la peine d'en décrypter le contenu.

Entendons-nous bien : toute forme de violence entre deux personnes est condamnable, et les violences faites aux femmes doivent être combattues sans réserve aucune.

Le déferlement d'accusations publiques depuis l'affaire Weinstein, ce flot de paroles libérées, tout ça est bien sûr compréhensible.

Même s'il faut se méfier des tribunaux populaires que deviennent les réseaux sociaux, il est probable que 99% de ces accusations le sont pour des raisons très valables, et les accusés doivent être, au terme d'un véritable procès, et non pas dans l'heure, punis sans faiblesse.

Mais cette prise de conscience sans aucun doute salutaire, peut aussi présenter des risques dans la nature même des relations entre personnes dans notre vie de tous les jours.

Il n'est pas question ici de viol, ni même de gestes déplacés (donc sans autorisation) qui relèvent de la violence évoquée plus haut, mais de harcèlement, dont toutes les définitions évoquent la notion de répétition.

Il y a harcèlement lorsqu'une proposition, ou seulement une suggestion, un geste, même furtif, sont répétés avec insistance malgré l'absence de consentement. Autrement dit, lorsqu'une personne ne respecte pas le refus de l'autre.

Nous avons la mauvaise habitude, nous les français, d'importer régulièrement, avec un décalage de quelques années, des usages américains peu enviables, et s'il en est un qu'il faut craindre d'urgence, c'est la judiciarisation.

Ce processus qui génère des hésitations, des peurs, et souvent de mauvaises décisions.

Il entrave le déroulement normal de la vie. Il inhibe, et peut aller, par exemple, jusqu'à transformer la moindre tentative de flirt en opération kamikaze !

Adieu bonheur, plaisir, voire, qui sait, amour … Dommage.

Même dans la création artistique, cette forme d'extrémisme conduit à des réactions stupides : vouloir changer la fin de La Belle au bois dormant au prétexte que la belle, endormie, ne pouvant donc consentir au baiser du prince charmant, est de fait victime de violence sexuelle, c'est plutôt risible … quand le metteur en scène Léo Muscato décide de modifier le final de Carmen, en faisant tuer Don José par Carmen plutôt que l'inverse, c'est consternant ! Bizet doit se retourner dans sa tombe. Et il est vrai qu'un homme assassiné par une femme est, aux yeux de certains, un spectacle plus moral que le contraire… 

Nous sommes bien d'accord : quand c'est non, c'est non. Clairement.

Mais ne plus risquer le "oui" par peur d'être accusé de harcèlement serait pitoyable ! 

Donc, entre personnes à peu près civilisées, respectueuses de l'autre, qui n'envisagent pas les relations autrement qu'en terme d'échange, de grâce, continuons de flirter. Courageusement.

(*) Non seulement je ne suis pas solidaire, mais je condamne les propos isolés tenus après la publication de la tribune par mesdames Catherine Millet et Brigitte Lahaie.

MT

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *