Les dons : dogmatisme ? bêtise ? Ou les deux ?

On voit fleurir depuis l’incendie de Notre-Dame de Paris des commentaires extrêmement critiques envers les « gros » donateurs, les Pinault, Arnault, Bettencourt… ceux dont les dons se chiffrent en centaines de millions d’euros.
Pour résumer, ils sont suspectés d’utiliser les avantages fiscaux accordés aux dons à des œuvres d’intérêt général, donc de faire financer leur générosité par de l’argent public (!). Il leur est reproché, par ailleurs, d’accaparer par le côté spectaculaire des montants annoncés, l’attention des médias au détriment de l’ensemble des donateurs plus modestes, bref de se faire mousser à bon compte. Passons sur les âneries qui déferlent pour nous expliquer que cet argent est, de surcroît, le résultat de l’exploitation des travailleurs (chacun sait que Gucci, Dior ou l’Oréal maltraîtent leurs salariés de manière abominable).
Alors, voilà : ces grandes fortunes ont annoncé leurs dons via des fondations.
Une fondation est une structure créée par un ou plusieurs donateurs qui mettent en commun un capital (de l’argent, des biens, des droits) pour accomplir une œuvre d’intérêt général. Les donateurs aussi appelés mécènes, ne peuvent pas récupérer le capital injecté dans la fondation.
La défiscalisation : les donateurs-fondateurs bénéficient de réductions d’impôt sur le revenu (66% pour les particuliers dans la limite de 20% du revenu imposable, comme vous et moi), d’impôt sur la fortune immobilière (75% des dons dans la limite de 50000 €) ou d’impôt sur les sociétés (60% pour les entreprises dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires).
Encore une fois, il s’agit d’actions conduites en faveur d’oeuvres d’intérêt général, d’où l’incitation de l’Etat.
Ces grandes fortunes, et bien, elles font ce qu’elles veulent de leur argent ! Rien ne les obligent à abonder en direction de telle ou telle œuvre, d’autant que les plafonds de déductions fiscales sont, pour elles, généralement très vite atteints.
C’est au moins pour cette raison que les critiques qui leur sont adressées à propos de Notre-Dame de Paris sont pour le moins déplacées. Ces trois premiers donateurs, qui ont offert la bagatelle de cinq cent millions d’euros, auraient pu ne pas le faire. Je n’ai aucune idée du coût de la reconstruction, mais cette somme est déjà, à coup sûr, très significative.
Bien sûr, ils sont nombreux ceux qui, par principe, méprisent l’argent et ceux qui en ont beaucoup. Par principe, donc en raison d’une culture encombrée de vieux dogmes irréductibles.
Probablement pour faire taire les bêtises qui circulent à propos de ces dons, la famille Pinault a annoncé ce matin (17 avril), qu’elle renonçait aux exonérations fiscales dont elle aurait pu bénéficier.
C’est très bien ainsi. Nous devrions nous contenter de remerciements.
Enfin, considérer que, par définition, un milliardaire est incapable de générosité, est au moins aussi débile qu’accabler un chômeur qui « ferait mieux de travailler ».
Tous les dons sont respectables, d’où qu’ils viennent. Cinq euros ou cent millions. L’un est anonyme, l’autre, forcément, ne l’est pas. Mais l’insulter est ridicule.

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