Mon inutile tentation de la politique

Mon inutile tentation de la politique

Aussi loin que je me souvienne, la politique m’a toujours attiré.

Des parents enseignants, très à gauche, Mai 68 vécu en seconde au lycée, puis la terminale et mes seuls actes de candidature à des élections, délégué puis président (si si, président !) des délégués, ce qui m’a valu de sérieux ennuis avec le proviseur et, par ricochet, avec les examinateurs du bac ! Bref, adolescent, déjà, je m’enflammais sur les airs de CRS SS, de Gaulle au chiottes (ou à Baden-Baden), on veut jouir sans entrave, etc, etc… La fac à Montpellier ensuite, au début des années 70, des meetings enfumés et fumeux, des nuits sportives à ferrailler avec les étudiants en droit, à l’époque majoritairement sympathisants de l’extrême droite (ah ! Tixier-Vignancourt…).

Période d’engagement réel, de terrain, période d’utopie, aussi. Surtout d’utopie.

Et puis plus rien. Mon engagement s’est réduit au vote, toujours considéré comme l’obligation minimale de tout citoyen, et parfois, à des participations à des discussions ou forums, ce qui m’est devenu, au fil du temps, à peu près impossible. Tenter un jour de sortir du dogmatisme, des modes de pensée manichéens, observer les corporatismes de toutes natures, les communautarismes (pas seulement religieux), constater tous les jours le manque de nuance qu’exige à l’évidence le militantisme, et il devient, pour le moins, très difficile de suivre des mouvements ou des personnalités politiques, de s’engager à leurs côtés, ou pour elles.

Cette prise de distance me paraît indispensable à toute recherche, non pas de vérité, ce serait bien sûr immodeste, mais d’idéal raisonnable de société et, ce qui est infiniment plus ardu, des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.

Personnellement, je suis bien obligé de constater que ce recul me réduit à soliloquer, comme je suis entrain  de le faire ici… Je ne prétends bien sûr à aucune vérité, mais discuter, échanger avec un militant, d’où qu’il vienne, est devenu presque toujours au dessus de mes forces, de ma capacité d’écoute, de patience, d’empathie…

Je garde en mémoire un exemple significatif qui remonte à quelques mois, avant le confinement, au plus fort de la tempête liée au projet de réforme des retraites. Je suis tombé un soir sur le post d’un « ami Facebook » qui se reconnaîtra s’il me lit (ce qui est très improbable car je suis certainement un « ami » dont il s’est désabonné), qui disait ceci :  « la réforme des retraites annoncée est anti-sociale, injuste et d’une imbécilité sans nom. L’exemple type du libéralisme incarné par Macron ». Je précise, à toutes fins utiles, qu’il est cheminot, adhérent à la CFDT et dans la vie d’un abord sympathique, d’un commerce plutôt agréable… J’aimerais beaucoup débattre sur l’universalité et le « social », sur le caractère « spécial » d’une mesure ou d’un régime (de retraite ?), et la notion de justice que l’on peut, ou non, lui accoler. Sur, pourquoi pas, la définition exacte du mot imbécilité et sa pertinence dans ce débat. J’aimerais lui demander qu’il me dise quel régime politique, a, une seule fois dans le monde et dans l’histoire, prouvé sa supériorité sur la démocratie libérale. J’aimerais m’assurer que quand il parle de libéralisme, il ne le confond pas avec le capitalisme de connivence que personnellement, et seul dans mon coin, je réfute obstinément. Il me paraîtrait également nécessaire de lui dire qu’à mon avis, et pour prendre le sien, Macron n’est pas plus un parangon du libéralisme que ses prédécesseurs, au moins parce qu’un vrai libéral ne porterait pas atteinte comme il le fait à la décentralisation… Bref, deux lignes d’un militant qui, peut-être, s’est emporté plus que de raison, ou pas, mais qui à elles seules, soulèvent nombre de questions intéressantes… Je n’ai pas commenté ce post, peu désireux de m’exposer à des réponses, de lui ou, surtout, d’autres qui le suivent et dont je devine la tonalité. Vaguement dépité. Fatigué.

Lors de la campagne pour les municipales à Clermont-Ferrand ou ailleurs, j’ai émis quelques avis sur Twitter sans pour autant faire campagne pour qui que ce soit. Cela m’a valu de nombreuses critiques, quelques insultes et, évidemment, aucune approbation. Peu importe. Comme ici et maintenant, je parlais pour moi.

Il serait facile, normal même, de me répondre que ma position est parfaitement inutile. Et qu’il vaut probablement mieux un militant obtus qu’un théoricien tellement ouvert qu’il ne sait plus où aller, et surtout, quelle cause défendre. Audiard disait qu’un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche, et il avait raison… Permettez-moi tout de même de conclure avec un clin d’œil à mon « ami Facebook » cité plus haut, lui qui parlait d’imbécilité, avec ce mot de Gustave Flaubert : «  Imbéciles : Ceux qui ne pensent pas comme nous ».

Marc T.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.