Une certaine idée de la liberté qui guide depuis des décennies notre manière d’appréhender la vie en démocratie, la possibilité pour tout être humain indépendamment de son genre, de faire, dire, écrire, entreprendre, de créer librement, cette idée est insupportable pour tous les régimes dictatoriaux dont les théocraties, pour les fanatiques qui les supportent et les terroristes qui les assistent dans leurs funestes projets.
Un tel constat relève évidemment du lieu commun.
En voici un autre, bien plus préoccupant : le recul de notre bel idéal démocratique partout en Europe et dans le monde est une réalité incontestable. La liberté semble ne plus être une exigence non négociable des peuples devenus à la fois craintifs et manipulés par une partie de la classe politique et certains médias complices.
La sécurité est devenue la valeur fondamentale.
Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des États-Unis avait pourtant prévenu : “Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité, ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.”
Moins de trois siècles plus tard, ce qui se passe aujourd’hui de l’autre côté de l’Atlantique illustre assez bien le propos de Franklin.
Avec Trump, les rétorsions et les purges frappent celles et ceux qui ont le courage de critiquer le pouvoir.
Les grandes villes tenues par les démocrates font l’objet de menaces et parfois même d’interventions militaires.
Les intimidations et les injures accablent les magistrats qui ont l’audace de s’opposer aux décisions du président, les journalistes qui ne sont pas soumis à l’administration Trump n’ont plus accès aux sources officielles, sont insultés, mis sur écoute…
La police de l’immigration se livre à des raids extrêmement violents contre les étrangers, sans distinction entre clandestins et personnes en attente de régularisation.
Interdiction et même destruction de livres dans certaines bibliothèques universitaires, autant de mesures aux forts relents de nazisme.
L’ état actuel de ce pays qui a longtemps valorisé la liberté comme aucun autre, est subi par une partie de la population qui a voté pour un dirigeant se présentant comme libéral et qui se révèle son exact contraire, un autocrate qui s’attaque aux libertés fondamentales, un illibéral convaincu. De nombreux citoyens américains peuvent légitimement se sentir trompés (trumpés ?).
En France, tout en étant visiblement gênée par le comportement erratique de Trump, l’extrême droite s’abstient de toute critique et se demande même “où il trouve toute cette énergie”.
Elle prend acte de cette confirmation qu’une élection se déroulant selon un processus parfaitement démocratique peut permettre d’évoluer très rapidement vers un exercice autocratique du pouvoir.
Cette indulgence (le mot est faible) pour Trump en dit beaucoup sur ce qui nous attend si les intentions de vote actuelles se confirment. Son opposition aux sanctions européennes contre Poutine, autre démocrate bien connu, confirme la réalité d’un projet dont plus du tiers de la population n’a, à l’évidence, pas conscience.
La progression de l’extrême droite semble partout inexorable
Pourtant, si l’on veut bien considérer la chute d’Orban comme une bonne nouvelle pour la démocratie en Europe, la progression de l’extrême droite se poursuit inexorablement dans l’opinion.
La promesse de sécurité rassure les citoyens quand la liberté effraie les dirigeants politiques des partis extrémistes, droite et gauche confondues.
Seule la liberté permet une relative indépendance vis à vis du pouvoir, ce que ne tolèrent pas les autocrates.
La sécurité étant assurée par le pouvoir, elle crée un lien de dépendance, donc un niveau élevé d’acceptation de mesures liberticides.
La sécurité est un droit du citoyen, donc un devoir pour l’autorité publique qui peut justifier aisément toutes les dérives de nature despotique.
Les démocraties s’exposent au risque de dictature lorsque les peuples renoncent à toujours plus de liberté pour gagner en sécurité, jusqu’à un point de non retour.
Benjamin Franklin avait raison, sacrifier l’une pour l’autre conduit à perdre les deux.
C’est ce qui se produit toujours avec les pouvoirs situés aux extrêmes, les exemples les plus nombreux dans l’histoire concernant l’extrême droite.
Et la dédiabolisation de façade destinée à remporter les élections n’y change rien.
MT
