La France a donc dit « non » au Mercosur.
Ayant été incapable, et pour cause, de réunir une minorité de blocage, son refus ne change rien puisque l’accord va être signé, mais il permet à une large majorité de notre personnel politique de mimer à peu de frais un soutien sans faille au monde agricole. En cédant à certains syndicats d’agriculteurs et notamment la Coordination Rurale dont les sympathies à l’égard de l’extrême droite ne sont plus masquées, la France a, une fois de plus, démontré sa frilosité face à l’évolution du monde.
On nous parle de déferlement sur le marché européen de la viande de bœuf sud-américaine, notamment argentine.
La réalité est bien différente. L’accord prévoit en effet l’importation de 99000 tonnes maximum pour une consommation européenne de 6 millions de tonnes.
Il s’agit donc d’une “invasion” de 220 grammes de viande de bœuf par habitant et par an ! Pour le poulet, les proportions prévues dans l’accord sont à peu près les mêmes.
Le marché européen de la viande ne sera donc impacté qu’à la marge et prétendre le contraire relève de la manipulation.
Notre agriculture, qui doit évidemment être soutenue, a surtout besoin de moins de charges, de moins de ces normes dont nous avons le secret, des normes que nous sommes seuls au monde à élever au rang de mesures vitales pour la planète et l’espèce humaine, et dont le résultat consiste surtout à créer des distorsions de concurrence insupportables. Ce serait faire injure aux agriculteurs d’affirmer que l’équivalent d’un steak par habitant et par an en plus ou en moins est de nature à modifier sensiblement leur situation.
Rappelons par ailleurs que ces importations devront respecter les normes non pas françaises mais européennes (ni hormones, ni antibiotiques) même si les modalités de contrôle ne sont pas très clairement définies, ce qui constitue le point le plus faible de cet accord, si possible à préciser.
Nos politiques de tous bords, à quelques très rares exceptions près, oublient les contreparties à cette augmentation dérisoire des importations de viande bovine : l’ouverture d’un marché de près de 300 millions de consommateurs sud-américains.
Ce marché, aujourd’hui protégé par des droits de douane très élevés (20 à 30%) mais qui seront annulés dès la signature de l’accord, va être totalement ouvert aux produits européens à forte valeur ajoutée : automobile (pas seulement les allemandes, contrairement à ce qui est claironné partout), aéronautique, pharmacie, activités de service et… vins et spiritueux, fromages, avec garantie de protection des origines afin d’éviter les contrefaçons.
Qui pour prétendre que nous devrions renoncer à tout ça au prétexte qu’il faudrait refuser l’importation de 220 grammes de viande par an par européen ? Qui pour préférer abandonner ces possibilités de croissance aux chinois ou aux américains ?
Il arrive que les exceptions françaises soient des éléments de fierté nationale, par exemple dans le domaine culturel.
Il arrive aussi, malheureusement, qu’elles ne reflètent qu’un manque de clairvoyance ou pire, de lucidité et de courage face aux pressions et au chantage politique, voire d’hypocrisie à l’approche d’échéances électorales, et qu’elles inspirent alors plus de honte que de fierté.
Le refus du Mercosur est une aberration économique, donc aussi sociale. Il va heureusement être adopté et c’est une bonne nouvelle pour l’Europe, pour son industrie, pour ses services et pour son agriculture, pour sa croissance, ses emplois, ses ressources, sa défense…
La France en profitera sans l’avoir voulu.
Certains de nos voisins seront fondés à dire que c’est une honte.
MT
