Illustration de tous pourris

Tous pourris, ce raccourci idiot

Évacuons d’emblée cette idée entretenue par une sphère médiatique peu scrupuleuse, par une pratique populiste souvent ignoble qui consiste à prendre en otage des cibles faciles. Celle des petits esprits trop contents de dénigrer systématiquement des supposés détenteurs d’un pouvoir, et celle des gens dont les conditions de vie sont pénibles. Les convaincre qu’ils souffrent pendant que leurs élus profiteraient d’avantages indus, leur répéter inlassablement ce qu’ils veulent entendre n’est pas difficile. Le “tous pourris” fait florès, notamment sur les réseaux sociaux, entre autres lieux de propagation de fausses informations et de complotisme. “Tous pareils, tous pourris”, ce raccourci bien pratique qui dispense de réflexion et d’un minimum d’intelligence.

Pourtant, à quelques sinistres exceptions près qui sont à l’origine de cette tendance à la généralisation, notre classe politique est plutôt respectable.

Un exercice du pouvoir qui ferait l’impasse sur toute considération humaniste est-il possible ? Oui, hélas. Possible ne veut pas dire majoritaire, mais les élus ne sont jamais qu’à l’image de la société : il y a des bons et quelques mauvais, des gentils et quelques méchants, des doués et quelques crétins, les pires étant les méchants doués. Nous en reparlerons.

Comment imaginer qu’une personne revendiquant une responsabilité politique, que celle-ci soit très modeste ou au contraire très puissante, y prétende dans un autre but que celui d’améliorer la vie de ses administrés ? Qu’elle ne place pas les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres ? À priori, ce devrait être la règle pour tous, du maire d’un petit village au président de la République, et j’ai la faiblesse de penser que ça l’est pour la plupart d’entre eux. 

La plupart, donc pas tous, c’est une évidence. Mais la critique systématique, le dénigrement des élus dans leur ensemble ne fait qu’aggraver la suspicion à leur égard, la perte de confiance, la montée inquiétante des violences verbales et même physiques, autant de dérives qui, entre autres conséquences dramatiques, freinent les vocations. Tout cela est injuste et extrêmement dangereux pour la démocratie. Qu’il y ait des candidates et des candidats pour occuper ces postes est une chance pour la société. Essaie donc une minute d’imaginer que personne n’en veuille !

Distinguons donc le goût du pouvoir pour le pouvoir, misérable, voire crapuleux lorsqu’il est utilisé à des fins personnelles, du goût pour le pouvoir de faire. 

Bien sûr, les bons sentiments affichés en campagne peuvent s’étioler une fois l’élection gagnée, par griserie ou en raison de contraintes imprévues, de la conjoncture soudain défavorable, de la réalité mal évaluée de certaines situations, de promesses intenables… Autant de motifs de déception au sein du corps électoral, ou même de colère, en particulier chez les abstentionnistes qui sont souvent les plus sévères (!) Mais de manière générale, et avec toutes les exceptions susceptibles de confirmer ce point de vue, l’engagement politique est plutôt sincère dans la volonté d’améliorer le sort de la population que l’on représente, dans la fidélité à des convictions, à une philosophie de vie ou, nombre de nos politiques le revendiquent, à une éthique.

Cela dit, il ne sert à rien de nier la présence d’apprentis dictateurs ou celle de quelques voyous qui portent une atteinte criminelle à la crédibilité de tous. Parmi ceux qui ont dégradé considérablement l’image du personnel politique en France, Jérôme Cahuzac tient une place de choix. Sa première faute, commise lorsqu’il était chirurgien, relève de la fraude fiscale. De l’argent caché en Suisse vraisemblablement pour échapper à l’impôt. Faute découverte alors qu’il était ministre du budget, ce qui ne manque pas de sel. Il a commencé par nier vigoureusement ces accusations, donc à mentir. Notons au passage que c’est le mensonge du ministre qui lui a été reproché, bien plus, dans l’opinion, que la fraude du chirurgien pourtant à l’origine du cataclysme. Les dégâts pour l’ensemble de la classe politique  ont été considérables. Tous tricheurs, tous menteurs… Prétendre que les turpitudes de ce monsieur seraient représentatives de l’action des élus ou des nommés aux plus hauts postes de l’action publique est une ânerie. Celles de Patrick Balkany, autre figure symbolique de la voyoucratie politique, non plus. La France et ses 36000 communes, ses départements et régions,  compte des centaines de milliers d’élus et donc, fatalement, quelques canards boiteux qui ne doivent pas faire oublier la grande majorité de celles et ceux qui s’engagent pour des raisons infiniment respectables.

L’action publique est aujourd’hui scrutée, le passé des responsables examiné sous toutes ses coutures, souvent par des gens dont la volonté de nuire est évidente. 

Il se développe au sein de la société une exigence de pureté qui n’est pas sans danger. Les parcours humains échappant à toute critique n’existent pas. Personne n’est parfait, n’est-ce pas ! Tous les mensonges ne se valent pas, bien sûr, mais quelle campagne électorale n’a pas présenté de promesse non tenue, de boniment dans le but de gagner l’élection ? Plus généralement, qui n’a jamais menti dans sa vie ? Qui n’a jamais changé d’avis, n’a jamais évolué dans ses convictions profondes ? 

Là comme ailleurs, tout est affaire de dosage, de nuance. Que les gens qui prétendent à des responsabilités politiques soient l’objet d’une attention particulière, c’est bien normal. Plus le niveau du poste occupé est élevé, plus l’exigence doit être grande, comme dans la vraie vie, finalement. Soyons donc vigilants, sans leur demander d’atteindre une impossible perfection. Impitoyables avec les criminels avérés, éventuellement sévères dans les urnes si les idées ou actions ne sont pas jugées conformes aux attentes, mais conservons des a priori confiants quant à la nature de l’engagement, même à défaut d’adhésion aux idées car s’engager en politique est généralement honorable.

À l’opposé du “tous pourris”, le respect des personnes est un des piliers de la démocratie, cette indispensable souveraineté populaire qui semble nous échapper inexorablement. 

Prenons garde, citoyens !

MT

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