Illustration de la solitude

Soliloque à bâtons rompus

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Il m’arrive d’écrire, non pas pour être publié (je connais mes limites) mais pour le plaisir que me procure l’exercice malgré (ou en raison de) sa difficulté.

J’écris aussi car je ne parle quasiment plus depuis que ma vie sociale est devenue à peu près inexistante ce qui, d’après certains experts, contribuerait à aggraver les difficultés à converser. Je souscris à ce diagnostic.
Dans les Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar évoque joliment  “un hiver de l’esprit qu’à certains signes, malgré moi, je vois venir”.
Je crois avoir repéré quelques-uns de ces signes : mémoire parfois défaillante, enchaînements des mots et des idées ralentis, élocution plus laborieuse, lassitude générale.
Si ce n’est tout à fait l’hiver de mon esprit, il semble approcher inexorablement. Et c’est sans doute normal.

J’écris également parce que j’en ai besoin, parce que la folie du monde m’inquiète tous les jours un peu plus, me rendant le silence total impossible, pour le moment… Je le fais sans illusion, sans non plus l’ambition de convaincre qui que ce soit. Je dispose en effet d’une audience presque nulle et n’ai aucune envie de prêcher dans le désert.

Écrire quand on ne peut ni parler ni se taire disait André Comte-Sponville à propos de la correspondance.
Alors j’écris, entre communication et solitude, sans rechercher obstinément le partage, j’écris d’abord pour moi, comme d’autres soliloquent. 

L’écriture, avec mes doutes (ce que nous avons de plus intime, d’après Camus) et mes biais de raisonnement, reste désormais pour moi le meilleur moyen d’expression, le plus fidèle à ma façon de considérer les mutations, les joies, les peurs, les colères ou même les enthousiasmes de cette époque un peu folle.
Donc j’écris (ou plutôt je m’écris) de petits textes dont certains sont publiés sur ce blog et ont parfois quelques lecteurs, souvent aucun. Je me contente de la satisfaction d’avoir clairement exprimé quelques idées et de m’être donné les moyens en rédigeant ces billets, de ne pas les oublier, d’y revenir plus tard, de les corriger ou même de les supprimer.

L’écriture sans volonté délibérée de publication ou de partage, sans militantisme d’aucune sorte, est donc clairement un plaisir égoïste mais aussi, je l’assume sans difficulté, une forme de repli sur soi, de refus de la comédie sociale.
Elle est pour moi un moyen minimal d’expression tout en restant à l’écart de conversations d’une vacuité dont je serais à coup sûr en partie responsable. Et par l’effort de réflexion qu’elle impose, elle demeure un frein au délabrement de la pensée, à l’enfermement.

Je n’ai pas l’immodestie de croire mon écriture brillante, mais elle est  aujourd’hui tellement supérieure à mon expression orale que mon stylo et mon clavier sont devenus définitivement mes principaux alliés.
Des outils qui m’autorisent, comme le dirait Marguerite Duras, à hurler en silence.
Dans le vide, ou pas. Peu m’importe.

MT

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