Photo de Marine Le Pen

Marine Le Pen, futur Prix Nobel d’Économie ?

C’est bien connu, un programme politique, c’est fait pour gagner une élection, pas spécialement pour être appliqué. Cette règle est scrupuleusement respectée depuis des décennies par à peu près tous les partis, tous les candidats ou candidates.
Dans tout programme figure nécessairement un chapitre « économie » qui, dans le contexte actuel, n’est pas le plus simple à concocter, surtout si l’on tient à afficher une image de sérieux et un minium de savoir-faire, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde. Il est aussi le moins facile à évaluer par le citoyen moyen, vous, toi, moi.
Mais disons le d’emblée : pour ce qui est du Prix Nobel de l’Économie, Madame Le Pen le mérite au moins autant que Donald Trump celui de la Paix.
Voyons pourquoi.

En ma qualité de béotien reconnu en économie et afin de ne pas raconter n’importe quoi, il m’a semblé judicieux, pour juger de la qualité du programme de Le Pen, de m’en remettre aux analyses de spécialistes, en l’occurrence celle de Jean Tirole, économiste couvert de distinctions internationales dont, justement, le Prix Nobel d’Économie en 2014. Par mesure de sécurité, je me suis assuré qu’au moins un autre Prix Nobel dans la même discipline partageait le diagnostic de Jean Tirole, et c’est le cas sans réserve de Philippe Aghion qui a reçu cette distinction en 2025.
Bref, du sérieux, du lourd, même !

Une liste à la Prévert de dépenses supplémentaires

Jean Tirole utilise cette formule poétique pour évoquer les augmentations de dépenses prévues par le RN.
Pour mémoire, une “liste à la Prévert” fait référence aux listes surréalistes et disparates de Jacques Prévert.
Les promesses de dépenses, de nature à conforter un électorat déjà acquis et à séduire le plus grand nombre possible d’hésitants, sont en effet passablement foisonnantes : baisse de la TVA sur l’énergie, augmentation des salaires des fonctionnaires, retraite selon les cas à 62 ou même 60 ans, etc.
Le RN les sous-estime (selon Jean Tirole) à 68 milliards d’euros par an.

Financement fictif de ces dépenses

Notre Prix Nobel (le vrai) considère par ailleurs que le financement de ces dépenses est “en partie fictif”.
Le RN explique en effet qu’il compensera ces 68 milliards par la lutte contre la fraude fiscale, par la réduction de la contribution de la France au budget de l’UE, et par la relance de l’économie grâce aux mesures décrites plus haut.

Or rien ne va dans cette partie du programme Le Pen.

Il semble que les analyses sérieuses de ces propositions (Jean Tirole dans diverses émissions de radio mais aussi le très sérieux et très libéral Institut Montaigne) les évaluent non pas à 68 milliards mais plutôt entre 100 et 120 milliards. Il manque donc de 30 à 50 milliards qui, si tant est que les recettes envisagées soient réalistes (ce qu’elles ne sont pas), alourdiraient d’autant un déficit budgétaire qui n’en a pas vraiment besoin.

Les recettes seraient en réalité loin d’atteindre les 68 milliards.

La lutte contre la fraude fiscale est déjà, depuis des années, un objectif prioritaire de l’État et même si des progrès sont peut-être encore possibles, ils ne peuvent être que progressifs, donc sans résultat significatif immédiat.
Quant à la désormais fameuse réduction unilatérale de la contribution de la France au budget de l’UE, elle est carrément illégale. L’imposer tout de même exposerait à des sanctions dont personne ne mesure les conséquences, les agriculteurs privés de la PAC, par exemple…
Pour ce qui est de la croissance espérée, qui serait le résultat d’un rebond lié aux mesures prises, les économistes (dont Tirole, Aghion ou Jean Pisani-Ferry entre autres ) jugent ces hypothèses bien trop optimistes.

Le programme économique de Madame Le Pen a donc un coût réel évalué à au moins 100 milliards, fait de dépenses sous-estimées et de recettes irréalistes de nature à aggraver un déséquilibre budgétaire hélas structurel depuis un demi siècle.

Tout ça ne peut qu’alourdir la dette publique déjà colossale, provoquer une crise de confiance des marchés financiers comme c’est arrivé à la Grèce en 2010, ruiner la crédibilité de la France auprès des institutions européennes.

Je répète que ce qui est exposé ici n’est pas mon propre avis qui serait sans importance – comme Madame Le Pen, je n’ai pas de Prix Nobel et n’en aurai jamais puisque mon expertise en économie est à peine supérieure à celle de Bardella dont le Président du Medef a estimé qu’il avait un niveau de 3ème –  mais un diagnostic établi par de vrais spécialistes, un diagnostic difficilement contestable.

Il n’était ici question que d’économie.
Les autres aspects du projet politique du RN (ainsi que celui de LFI) feront l’objet de billets comme celui-ci, notamment l’inévitable rapprochement avec Moscou et ses incalculables conséquences pour la France et pour l’Europe.

Mais ça, c’est une autre histoire.

MT

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.