Sur les chaînes dites “d’info”, la tension dramatique, l’indignation sont jugées nécessaires pour attirer l’audience et la fidéliser.
Faire le buzz à partir d’une description du monde fondée sur la peur, la colère ou le ressentiment permet de démultiplier son impact et d’être aidé en cela par les réseaux sociaux qui ne vérifient rien et sont gourmands d’abjection et d’indécence.
Les sujets mis en avant sont donc ceux qui suscitent de l’émotion, positive ou négative, c’est sans importance à condition qu’elle l’emporte sur la réflexion.
Une discussion récente entre amis était, de ce point de vue, éclairante.
Nous parlions d’une décision de justice d’apparence contestable : un père de famille, après avoir agressé physiquement un homme qui venait de violer sa fille, s’est vu infliger une peine de prison nettement supérieure à celle du violeur. Au cours de la conversation, cette histoire devenait une imparable illustration de l’indigence de la justice française dans son ensemble. Et cet échange qui voyait s’exprimer de l’indignation et de la colère n’était qu’un exemple type de réaction dictée par l’émotion. Si ma fille était violée, ne serais-je pas moi-même enclin à casser la figure (voire pire) de son agresseur ? Oui, évidemment, et seule la réflexion pourrait m’empêcher de me substituer à la justice, cette institution qui ne peut en aucun cas tolérer la vengeance et la sanctionne donc sévèrement.
J’ignore si dans le fait divers évoqué les peines décidées par le ou les juges sont correctement proportionnées. Peut-être les décisions sont-elles même scandaleuses, ou pas…
Ce qui est sûr, en revanche, c’est que des milliers de jugements sont rendus tous les jours, que la majorité d’entre eux sont justes, que certains sont critiquables et quelques-uns potentiellement révoltants. Seuls ces derniers sont traités par les chaînes d’info et par extension, les réseaux sociaux.
Effondrement de l’opinion au profit des populistes
Cela concerne tous les sujets de société. Ce qui fonctionne bien est passé sous silence, le barnum médiatique ne s’occupant que du tapageur.
Nous vivons dans un monde où l’image et la vitesse l’emportent sur le fond au détriment du recul nécessaire et de l’esprit critique. Le résultat le plus évident, c’est l’effondrement de l’opinion au profit des populistes.
Les repères garantissant la démocratie, les libertés, le progrès, la paix, ces repères se perdent, entre autres raisons, à cause de notre mode de consommation de l’information qui rend la manipulation trop facile.
Ainsi va le monde.
MT
