Illustration de la solitude

Paisible solitude

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Dans la société contemporaine, celle des réseaux dits “sociaux” qui transforme en règles de vie l’exposition personnelle, la transparence, qui confond grégarité et vivre-ensemble, le goût de la solitude devient de plus en plus suspect.
Très souvent synonyme d’abandon ou d’exclusion, la solitude est en effet considérée comme subie donc forcément destructrice.

La solitude peut bien sûr être choisie

Ouvrons ici une courte parenthèse philosophique.
Le choix de la solitude peut être résolument volontariste, notamment dans une quête d’absolu de liberté, de mise à l’écart de toute influence sociale. Pour Nietzsche, par exemple, la solitude est le refuge de l’esprit libre. Loin d’être une simple absence de compagnie, la solitude a en effet  souvent été théorisée comme une des conditions d’accès à la liberté. Elle est la condition de l’autonomie, de la faculté à penser par soi-même, à s’autodéterminer. Le monde est mis à distance afin de mieux le comprendre.
Difficile de contester cette conception de la solitude choisie, mais elle se situe à une altitude franchement stratosphérique dès lors qu’il s’agit d’évoquer le choix (ou une illusion de choix) de l’isolement du vulgum pecus, vous, toi, moi.
Parenthèse fermée, donc.

L’acceptation raisonnée de la solitude

Moins ambitieux mais tout aussi sérieux, le choix de la solitude peut également découler d’une réflexion parfois très longue ou même douloureuse, d’une acceptation raisonnée qui conduit, en conscience, à une telle décision.
On ne peut parler véritablement de choix qu’à la condition d’avoir identifié objectivement les raisons de la mise à distance de la société : que fuyons-nous, que refusons-nous et à quels abandons avons-nous dû consentir en nous isolant volontairement ?
Il s’agit bien sûr d’une manière de contester l’évolution du monde, de refuser d’adhérer à certaines mutations en cours, de considérer que s’y confronter est devenu vain, inutile jusqu’à devenir parfois insupportable.
C’est aussi faire le constat de son évolution personnelle, de la dramatisation de sa propre vérité qui pousse à ne percevoir que le côté stérile des échanges, à constater sa propre incapacité à leur donner du sens, un élan constructif, ou affectueux, ou simplement amical et donc, à les éviter.
Les amateurs de solitude sont fréquemment accusés de misanthropie, à tort, bien entendu. Le misanthrope, lui, nourrit une véritable haine du genre humain dans son ensemble. Sa solitude est réelle mais elle n’est pas choisie, elle est subie.

L’acceptation réfléchie de la solitude et les choix qui en découlent relèvent d’un besoin d’apaisement parfaitement résumé dans ces quelques mots d’Haruki Murakami : “Quand tout autour de vous paraît étrange et inaccessible, quand chaque relation semble superficielle et que vos élans pour comprendre se heurtent à l’indifférence, vous comprenez que la vraie solitude, ce n’est pas d’être isolé, mais de se sentir étranger à un monde qui ne vous comble pas, un monde sans signification.« 
On comprend ici que l’isolement n’est pas le problème mais plutôt une solution, sans doute parmi d’autres, face à un décalage profond, parfois anxiogène, entre soi et la perception, réelle ou supposée, de son environnement.

Le choix assumé de la solitude n’est pas inspiré par une recherche désespérée du bonheur.
Elle peut en effet être glaciale, mais elle est un bouclier qui protège la liberté et permet de tenter d’accepter le monde tel qu’il est.

La solitude choisie n’est en réalité qu’un outil, rien de plus, un abri, une sorte de refuge paisible. 

MT

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